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Restaurant Chez Cora, quand le petit déjeuner devient grand

par Benoit Laporte le 14 septembre 2011

dans Critique restaurants

Ma grand-mère, qui a grandi en campagne, nous servait toujours le déjeuner du bûcheron. « Mes petits gars, il est impossible de passer une bonne journée sur la ferme, sans manger un petit déjeuner consistant ». Depuis ce temps, ma génération a déserté les travaux agricoles, mais le petit déjeuner demeure toujours la meilleure façon de nourrir son cerveau, pour réussir sa journée.

Madame Cora, au chant du coq

À l’âge de 40 ans, la fondatrice, Cora Mussely Tsouflidou, de Caplan en Gaspésie ouvre son tout premier restaurant à Ville St-Laurent, en 1987. Mère célibataire de trois enfants, elle s’est inspirée de son expérience de tous les jours pour bâtir son menu. Elle s’est aussitôt spécialisée dans les petits déjeuners et en a fait son créneau de prédilection.

Trois ans plus tard, en 1990, elle ouvre son deuxième restaurant et la gestion est confiée à des membres de sa famille. Tous les restaurants du début sont financés avec les profits générés par les autres propriétés. Et ce, jusqu’en 1993, date où l’on débute la vente de franchises.

En 2000, des franchises apparaissent au Canada anglais. Aujourd’hui, plus de 90 restaurants Cora ont pignon sur rue au Québec, et une trentaine dans le reste du Canada.

Du marketing matriarcal

Son marketing est peu coûteux et efficace. Madame Cora apparaît avec le sourire sur les affiches le long des autoroutes, ou dans des publications, avec des messages simples et amusants, prônant une saine alimentation. C’est en réalité notre grand-mère qui me parle. Et ça fonctionne.

Le décor et les menus dessinés à la main sont d’ailleurs inspirés du tout premier restaurant. Elle a elle-même mis sur le YouTube, une vidéo de sa recette de smoothies, une spécialité de cette chaîne de restaurant du petit matin. Difficile d’y résister.

Pour réussir le plus important repas de la journée

Les menus élégants et originaux vous mettront aussitôt dans l’esprit de cette entreprise. Les assiettes sont généreuses, amusantes et tout en couleur. Les crêpes et ses 20 garnitures, les omelettes, pains dorés, œufs, bacons et des dizaines d’extra (yogourt, fromages…).

Cette chaîne a révolutionné la restauration au Québec et au Canada. Il n’est plus rare maintenant d’organiser des petits déjeuners d’affaires ou d’y planifier un petit déjeuner de famille ou entre amis. On est loin de « l’ordre de toast » et du traditionnel beigne et café, d’il n’y a pas si longtemps.

Mon expérience ordinaire

Je cherchais un endroit où rencontrer mes grands-parents peu mobiles, accompagnés de mes enfants. Ne cherchons plus. À quelques pas de leur résidence, à l’île des Sœurs, se trouve un Cora Déjeuner avec fière allure. Adjacent à plusieurs courts de tennis intérieurs, ce restaurant spacieux et éclairé respire l’hospitalité.

L’ameublement et la décoration sont corrects, sans plus. Je trouvais les tables un peu trop collées, mais le restaurant était bondé pour ce brunch dominical. Le service est dans la moyenne, sans qu’il ne se démarque de la plupart des restaurants. Il était évident que notre serveuse était débordée et qu’elle n’avait pas envie de nous impressionner. Les restaurants sous concessions perdent souvent leur âme et l’esprit du « brand ».

Les assiettes sont impressionnantes comme vous pouvez le constater sur les quelques photos. Les ingrédients, de qualité, disponible en quantité industrielle, sont placés de façon éparse dans l’assiette. Mais après un tour de table, toute la maisonnée semble comblée. C’est ce qui compte.

Tout est à 2 $

Ma fille me rappelle que Cora à la réputation de faire beaucoup de $ avec les extras. Tout ce qui n’est pas sur le menu arrondira la caisse du restaurant et allégera votre portefeuille. En recevant la facture, on constate en effet qu’un thé est 2.15 $, un simple café 2 $, l’ajout de pomme de terre 2.25 $ et de bacon 2.25 $. Le café n’est-il pas généralement compris au déjeuner?

Le syndrome de la chaîne

Lorsque l’on essaie d’homogénéiser la nourriture, le service, la décoration et les plats, on McDoise le produit. On vend son âme. Les proprios veulent que les clients roulent et que les cuisiniers livrent le produit. Les sourires et la bonne humeur sont rares.

Il y a de plus en plus de petits restaurants de qualité et des petites chaînes (Eggspectation, Eggquis…) qui attaquent le créneau du déjeuner convivial. Cora n’a qu’à bien se tenir et repositionner son produit et ses troupes. On a qu’à ses rappeler le triste sort de Dunkin Donuts. Cora doit ralentir son expansion effrénée et se concentrer sur la livraison du produit.

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