Il y a quelques années, j’avais publié un texte sur la construction d’une dalle extérieure en béton à mon havre forestier. Cet immense trottoir sert aujourd’hui à entreposer mes nombreuses embarcations pour la pêche et le canot.
En fait, cette dalle est devenue depuis un plancher intérieur puisque je l’ai fermé avec des panneaux de bois. Voici quelques photos qui vous permettront de tout savoir sur les différentes étapes de la technique employée. Deux ans plus tard, malgré les intempéries et le gel/dégel féroce du nord du Québec, cette immense plateforme extérieure coulée dans le béton armé, ne montre aucune fissure, ni affaissement.
Étape 1. La planification
La partie la plus importante est sans doute la préparation du coffrage. Quelles sont les dimensions désirées? Et la profondeur du coffrage ? Ai-je suffisamment de bois?
Est-ce que mon bois est suffisamment solide? Quel est mon budget ? Le calcul du dénivelé est aussi très important pour s’assurer de l’écoulement de l’eau de pluie.
La grandeur de la dalle est de 28 pieds x 8 pieds (8,6 m x 2,5 m). De plus, elle est située sous une mezzanine, d’où l’obligation de couler les poutres de soutènement dans le ciment. La structure est appuyée sur des fondations et une charpente déjà existantes. Détail de taille: il faut trouver un endroit où vous disposerez des 225 pieds³ (21 m³) de roche, de terre et de sable.
Étape 2. La préparation du coffrage
Il est suggéré de creuser le sol d’au moins 18 pouces (45 cm) pour s’assurer que votre structure résistera aux affres du temps. Dans mon cas, j’ai eu à négocier avec un sol rocheux, ce qui m’a passablement compliqué la tâche.
L’armature du béton armé est faite d’une structure d’acier, solidement reliée les uns aux autres, par du fil d’acier de qualité. J’ai attaché les tiges d’acier à un intervalle de 12 pouces (30 cm). J’aurais aussi pu utiliser un grillage d’acier préfabriqué, un peu plus coûteux, mais plus rapide. J’ai suspendu le grillage à environ 8 pouces (22cm) du sol avec des cailloux. La veille du jour J, du ciment fait maison a été préalablement coulé aux 4 coins et au centre, pour y fixer des anneaux permettant d’attacher mes embarcations.
Étape 3. Silence, on coule!
Vous avez solidifié votre coffrage avec des piquets plantés profondément. Vous avez remblayé votre coffrage pour éviter que ce dernier n’ouvre.
Je me suis servi des colonnes de ma galerie comme points d’ancrage pour mon coffrage.
Alors voici venir la bétonnière. Assurez-vous d’avoir suffisamment de main d’œuvre et de brouettes pour le transport du béton. Ne comptez pas sur le conducteur de la bétonnière qui n’est là que pour faire couler sa précieuse mixture.
Pour faciliter le transport du béton, j’ai placé de larges panneaux de bois, posés directement sur l’armature d’acier. Assurez vous que tous ces panneaux soient solidement visés les uns aux autres, et qu’il est facile de les détacher à mesure que s’avance le béton.
Étape 4. Et les dégâts…
Comme on peut le voir sur cette photo, dans notre empressement à vider nos brouettes, et souvent à trop les remplir, il nous est arrivé d’échapper notre lourde cargaison, avant d’arriver à bon port.
Il faut éviter d’utiliser des brouettes à une seule roue et de privilégier le modèle à roues doubles, plus stable. Remarquez les protèges genoux qui sont très utiles si vous avez à vous accroupir.
Pour éviter les intenses brûlures causées par le béton, assurez-vous de porter de bonnes bottes de caoutchouc, des gants épais, des pantalons de coton, des manches longues et des lunettes protectrices. Prenez soin de garder de l’eau courante à proximité, en cas d’urgence, pour laver la peau qui aurait touché au ciment (constitué de mortier, sable et et d’un liant chimique très caustique).
Étape 5. Flattons notre orgueil
Surement la partie la plus difficile et épuisante de l’œuvre.
Il faut s’assurer de bien lisser notre béton pour faire disparaître toutes les imperfections à la surface, surtout les gravillons et granulats de pierres concassées. Il faut en même temps s’assurer de respecter la pente d’écoulement que nous avions fixé à l’origine de nos plans.
Pour cette étape, il vous faut encore plusieurs personnes pour vous aider à cette tâche ingrate. Vous les équiperez d’une truelle en acier assez large. Il ne faut pas tarder parce que votre béton durcira rapidement et que vos erreurs seront visibles, et pour longtemps.
Attachez bien vos bottes parce qu’il est fréquent des les perdre en se déplaçant dans le ciment. Et ce n’est pas le temps de déposer le pied nu dans ce liquide. Après le départ du camion-malaxeur, conservez un peu de béton en surplus, en cas de pénurie de matière première pendant le lissage.
Étape 6. La finition
Si votre dalle est coulée en plein soleil, il est important de bien l’arroser et même d’y placer de la jute humide, pour éviter que le ciment ne se fendille.
Vous avez remarqué les boîtes de conserve installées dans le béton, ils servent à protéger les anneaux d’ancrage, pour ne pas qu’elles soient ensevelies dans le béton.
Dans quelques jours, il ne vous restera qu’à démouler votre gâteau, en enlevant les piquets et le coffrage. Probablement la partie la facile et gratifiante.
Assurez vous de bien laver tout votre outillage, brouettes, planches et bottes avant que le béton ne sèche. Après il sera trop tard.
Étape 7. Le bilan
Après des jours de travail et des heures d’intense besogne vous voilà devant votre chef-d’œuvre. Si vous n’avez pas lésiné sur la qualité du béton et du matériel, votre plancher durera plusieurs décennies.
Voici quelques statistiques, pour les fanatiques:
- Une plateforme de 225 pieds² (21 m²)
- Mesurant 28 pieds x 8 pieds (8,6 m x 2,5 m).
- Plus de 522 pieds d’armature d’acier (160 m)
- La structure d’acier pesait 250 lb (112 kg)
- 261 joints de broche, fait avec des pinces
- 200 pieds³ de béton (5,5 mètres³) ou l’équivalent de 400 sacs de ciment de 70 lb (32 kg).
- Deux semaines de travail, en fait de vacances.
- Le coût des matériaux: environ 1 000 $ (800 $ de béton et 200 $ d’acier)
- 150$ de physiothérapie (pour mon dos)
- 2 caisses de 24 bières et un BBQ pour les copains
Et la plus belle dalle du canton!















